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Daily Archives: décembre 1st, 2004

Lawrence Miller enseigne à l’Université Arthur Clay, près de New York. Son quotidien, marqué par l’absence de sa femme et la croisade académique menée contre le harcèlement sexuel, se trouve bientôt troublé par d’étranges événements : un coup de téléphone donné de son bureau en pleine nuit, un marque-page qui se déplace tout seul, des fichiers qui disparaissent de son ordinateur, etc. Autant de mystères qui le projettent peu à peu dans un profond délire de persécution. Tous ces phénomènes seraient-ils donc l’ouvre d’un homme malveillant qui l’épie et se cache la nuit dans son propre bureau ?
Comme Miller se met à dérailler et amorce une complète désintégration de sa personnalité, le lecteur est pris dans un « piège fictionnel » particulièrement virtuose.

L’homme licorne
James Lasdun
Gallimard
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Charras

Deux femmes, la quarantaine, se croisent un soir dans un théâtre, ignorant que la vie les réunira à nouveau quelques temps plus tard.
Elles se retrouvent alors que l’une, Elisabeth, vit une séparation douloureuse et que l’autre, Clara, se trouve confrontée à l’horreur de sa filiation. Elles vont trouver dans leur amitié la force d’aller au bout d’elles-mêmes.
Dans ce roman fort, au ton juste, Véronique Olmi aborde ce besoin de vérité des femmes, jusqu’à la violence, quitte à toucher le fond avant de se recomposer.

Un si bel avenir
Veronique Olmi
Actes Sud

Quatre femmes se racontent, au plus fort de la guerre, à la frontière entre les parties musulmane et chrétienne de la ville de Beyrouth.
Liliane, chrétienne, voit son mari, musulman laïc, se détacher d’elle. Warda, séparée d’un homme qui lui volera sa propre fille, traîne son désespoir et sa peur en se réfugiant dans le mysticisme. Camillia connaît Pierre depuis l’adolescence. Elle est druze, il est chrétien, et la mort les sépare. Elle émigrera à Londres, avant de revenir dans cette ville détruite où elle sera hébergée par Maha, la dernière du quatuor, qui n’a plus que son appartement comme refuge. Destins de femmes, quotidien d’un quartier déchiré par les combats, où les seules issues sont la mort ou l’exil.à moins que, tout simplement, on ne choisisse de rester.
La guerre appartient au monde des hommes, les femmes n’y ont pas de place.

Ville à vif
I.H. Younes
Verticales
Traduit de l’arabe par Valérie Creusot

Un professeur émérite de littérature médiévale s’apprête à recevoir un prix prestigieux qui signe en même temps sa mise à la retraite. L’occasion pour lui de revenir sur ce qui, à son insu, revêt une importance inattendue : la place de l’amour véritable mais aussi le rôle de la culture, de la transmission, des plaisirs de la table et de lit, en particulier avec l’éminence blonde Myrna. Sous le portrait d’un vieil égoïste, le dernier roman de Montalban apparaît comme un testament philosophique, pétri de facéties et de vérités profondes, sur des valeurs essentielles telles que la responsabilité et l’engagement.

Erec et Enide
Manuel Vazquez Montalban
Seuil
Traduit de l’espagnol par François Maspero

Sophie Kovalevskaia (1850-1891), mathématicienne exceptionnelle, révolutionnaire et féministe russe signe avec ‘Une Nihiliste’ un magnifique texte court, inachevé, publié à sa mort et pertinemment réédité ici par Phébus. Vera, jeune aristocrate provinciale délaissée par une famille en pleine décadence, est initiée au socialisme utopique qu’elle embrasse avec une ferveur toute religieuse. Montée à Saint-Pétersbourg, elle décide de sacrifier sa vie à un jeune nihiliste juif condamné à être déporté en Sibérie. A la fois roman initiatique et psychologique, ‘Une Nihiliste’ est un portrait partiellement auto-biographique qui s’offre le luxe d’être à la fois touchant, nuancé et frondeur. Invitation au dépassement de soi, il capte l’esprit d’une époque et d’une génération, non sans quelque naïveté, mais avec un enthousiasme et un idéalisme contagieux.

Sophie Kovalevskaia
Une Nihiliste
Phébus

Un seul roman en ce début d’année pour les éditions de Minuit mais quel livre ! L’auteur de « Loin d’eux », « Apprendre à finir » et de « Ceux d’à côté » nous revient avec un nouveau récit poignant. Tony aime Pauline en secret. Elle semble ne rien remarquer. Mais un jour, Tony disparaît. Son père, à qui il s’était confié, demande de l’aide à Pauline.
Cette histoire où règnent des êtres qui aiment avec maladresse est narrée avec beaucoup de tendresse. Mauvignier nous fait glisser d’un personnage à l’autre passant progressivement des faux semblants à la surprise et à l’incompréhension la plus totale. Que peut faire Tony pour se faire aimer de celle qu’il adore alors qu’elle ne voit en lui que le frère qu’elle n’a pas eu ?

Laurent MAUVIGNIER
Seuls
Minuit

L’auteur d »Une Ardente Patience’ (dont on a tiré le film « Il postino ») revient nous enchanter avec un grand roman sur l’exil, la musique et l’enfance. Il nous plonge au cour du Chili des années 50.Sur le port d’Antofagasta, au Chili débarquent d’Europe un joueur de trombone et une enfant de deux ans, qu’il confie à un émigré de l’île de Malice, Esteban Coppeta, en lui assurant qu’il s’agit de sa petite-fille… Celle-ci nous conte sa vie avec humour et sensibilité : son arrivée chez son « Grand-Père », sa recherche d’une identité propre, ses amis, sa passion pour les films et du rock américain, sa rencontre avec Allende, son envie de vivre à New York,.Un roman sur les rêves, ceux des immigrés, ceux d’une enfant qui grandit loin des siens.

Antonio Skarmeta
La fille et le trombone
Grasset

Il aura fallu attendre sept ans depuis La dernière tournée pour retrouver enfin le talent de Graham Swift. Sous couvert d’une énigme policière vite résolue, l’auteur nous installe dans un mystère irréductible, celui des êtres, de leurs désirs obscurs et de leurs secrets coupables. Tissant une toile romanesque d’une densité et d’une cohérence sans égales, il recrée les détails du monde et les élans des âmes dans toute leur grandeur et leur ambiguïté. Comme Le pays des eaux et A tout jamais , La lumière du jour est de ces romans qui vous laisse le souffle court et une foi inébranlable dans les magies de la fiction.

Graham Swift
La lumière du jour
Gallimard
Traduit de l’anglais par Robert Davreu

Responsable de l’heure, et donc du temps, à l’Observatoire royal d’Uccle, Célestin a beaucoup plus de mal à gérer le temps de sa vie. Rêveur le jour, insomniaque la nuit, il part à la recherche d’un amour d’adolescent, comme si retrouver l’objet chéri pouvait conjurer le temps irrémédiablement perdu. Le Bureau de l’heure est un roman délicat, éthéré, dans lequel la finesse et la subtilité d’écriture sont au service d’un humour décalé. Une plongée dans les affres de l’attachement, du souvenir et de l’amour inavoué. On retrouve avec délice l’auteur de La place du mort et de La compagnie des eaux .

Jean-Luc Outers
Le bureau de l’heure
Actes Sud

Elevé dans un village de Flandre, Anton est un enfant unique choyé par sa famille nombreuse, rassurante et protectrice. Le décès brutal d’un oncle, l’arrivée d’un cousin mystérieux et envahissant sonnent le glas d’une période bénie pour le petit garçon, confronté pour la première fois à la dureté de l’existence. Vient l’âge des secrets, des découvertes et des premières amours, puis l’événement qui fera basculer Anton dans le monde des adultes. Après Marcel , Erwin Mortier réussit un roman extrêmement émouvant, feutré et fort à la fois, magnifiquement servi par la traduction de Marie Hooghe.

Erwin Mortier
Ma deuxieme peau
Fayard
Traduit du néerlandais par Marie Hooghe