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Daily Archives: mai 17th, 2005

Un nouvel essai, ou plutôt sept courts essais, de Milan Kundera, dans le droit fil de ses ouvrages « L’art du roman » et « Les testaments trahis » .On sait que ses plus récents romans, écrits directement en français, sont en rupture formelle avec les précédents, ceux qui datent de sa « période tchèque », et qui l’ont rendu célèbre. On y trouve en effet en contrepoint du récit, une petite voix qui commente ce que le lecteur est en train de découvrir. C’est qu’entretemps, Milan Kundera a entamé une réflexion sur le roman, qui pose d’ailleurs la question de son aboutissement, à l’heure où le paysage littéraire contemporain peut laisser perplexe : la machine à produire n’a jamais tant fonctionné.

Mais loin d’en célébrer la disparition, Kundera veut recadrer cet « art du roman ». Il s’inscrit dans la lignée des grands auteurs européens, sur lesquels il s’appuie d’ailleurs constamment pour dire en quoi la littérature et le roman en particulier forment un art indispensable. Depuis Rabelais et Cervantès, les fondateurs, le roman a trouvé une raison d’être, qu’à la suite de Fielding, Kundera décrit comme un acte de connaissance. Si l’on veut parler d’histoire du roman, « appliquée à l’art, la notion d’histoire n’a rien à voir avec le progrès ; elle n’implique pas un perfectionnement, une amélioration, une montée (.). L’ambition du romancier est non pas de faire mieux que ses prédécesseurs, mais de voir ce qu’ils n’ont pas vu, de dire ce qu’ils n’ont pas dit » . C’est la tâche du romancier d’ouvrir ainsi le rideau, ce voile tendu devant la réalité.

Milan Kundera
Le rideau
Gallimard

On ne choisit pas sa famille. Celle qui se réunit chaque année dans la maison de l’aïeule Mounette pourrait en faire une devise. Durant un mois qui n’a de vacances que le nom, chaque enfant, avec conjoint et progéniture respectifs, se plie à la contrainte sans faire de bruit, en faisant comme si chacun était heureux et soulagé de retrouver l’immuable. On pense tout bas mais on ne parle pas, surtout pas du fantôme qui plane sur le clan, dont chacun tait le nom et masque les photos. Le petit dernier, lui, interroge bien innocemment les uns et les autres et rêve d’avions qui tombent quand on les regarde. Comme bientôt les vérités de chacun . Un premier roman écrit avec soin, d’une plume acérée qui blesse sans heurter.

Caroline Sers
Tombent les avions
Buchet Chastel
(chroniqué en mai 2005 – paru en 2004)

Pour David Caine, statisticien chevronné et joueur de poker compulsif, attablé dans un cercle de jeu miteux à Manhattan, le carré d’as qu’il tient en main réprésente la chance unique de se refaire une santé financière . D’autant que la seule main apte à le battre est une quinte flush. Probabilité : 1 sur 19 448. Un chiffre qui lui donne des ailes et qui le pousse à l’emprunt. Quand tombe la fameuse quinte événement improbable donc mais finalement . pas impossible. Pour David Caine le choc est trop puissant, sujet à l’épilepsie, il s’évanouit. Lorsqu’il se réveille à l’hopital, David accepte en désespoir de cause un traitement expérimental qui, espère-t-il calmera ses crises. Bien plus que soigner son épilepsie, le traitement a bien vite des effets secondaires particulièrement incroyables. Au point de faire de David la proie d’une magistrale course poursuite.

Allons droit au but : Improbable est le nouveau « page turner » dont on va parler ces prochains mois. En construisant son intrigue sur un élément fantastico-scientifique, Adam Fawer parvient à sublimer le genre (formaté) du thriller. Il est vrai que si le succès du roman policier contemporain tient notamment au mélange des genres (historique, scientifique, etc.), Improbable ne peut que rencontrer son public. On y découvrira en effet quelques digressions (jamais gratuites car toujours étroitement liées avec le développement du roman) sur les mystères des probabiltés et de la physique quantique. En bref, un bouquin costaud, explosif et diablement intelligent.

Adam Fawer
Improbable
Seuil Thriller