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Daily Archives: septembre 1st, 2005

Il n’aura donc reçu aucun prix, et pourtant voici sans doute, parmi ceux que nous avons lus, un des grands livres de cette rentrée littéraire 2005.Trois ans après La petite chartreuse , Pierre Péju est revenu en librairie avec un roman grave et profond, au ton proche d’un certain romantisme. Le rire de l’ogre , dont la lecture est un vrai plaisir, peut se lire comme un conte où les hommes, leur vie durant, tentent avec force, sans toujours réussir, de maintenir le fil ténu déroulé depuis l’enfance.

1963. C’est en Allemagne précisément que Paul, jeune adolescent français orphelin de père, séjourne dans le cadre d’un échange linguistique. Derrière les apparences, un immense non-dit, l’ombre de la guerre passée et son empreinte sur ceux qui l’ont vécue et sur leurs enfants. Paul vivra là un moment clé de sa vie d’homme, de ceux qu’on porte en soi, et qui font de toute existence une énigme. C’est là aussi qu’il croisera la jeune Clara, au charme mystérieux et solitaire. Clara, dont le destin sera marqué à jamais par la culpabilité du père, médecin de guerre dans la Wermacht , et qui n’aura d’autre issue que de partir, devenant une photographe célèbre pour ses photos de guerre. Tout au long de leur existence, les chemins de Paul et de Clara se croiseront, de manière fugace. Paul, de son côté, se mariera, aura des enfants. Devenu sculpteur, avec un certain succès, retiré dans le Vercors, il y mènera une vie heureuse. Et toujours, Clara, âme-sour, comme un écho du rire de l’ogre, celui qui dévore ses enfants. Mais, dit Péju, il est vain sans doute de vouloir saisir l’énigme des êtres, et le race des sphinx finit par s’éteindre.
Paul ira ainsi jusqu’au bout, le vieil homme qu’il sera devenu laissera peu à peu les choses s’éloigner, la traversée finira par s’achever. Il y a tout dans ce livre : la naissance, la mort, le bien, le mal, le bonheur, l’art, la création. Et cela dans une écriture où l’on s’immerge avec enchantement.

Pierre Peju
Le rire de l’ogre
Gallimard

Décevant, le nouveau Paul Auster, comme l’écrit Le Monde des Livres ? Pas si sûr. Il faut passer les premières pages, trop bavardes, pour entrer dans le propos de l’auteur.

Quel est-il ce propos ? Brooklyn Follies est le récit apparemment banal de gens ordinaires. Entendez, les vrais Américains qui ne participent pas à la course au profit, à la carrière, à la réussite. Ceux qui n’intéressent pas l’Amérique. Un homme, Nathan Glass, retraité des assurances, soixante ans, divorcé, en rémission d’un cancer, écrit pour lui seul, Le Livre de la folie humaine , raconte les anomymes mal embarqués dans l’existence mais surtout retisse incidemment les liens défaits, dynamise les pannes d’amour, règle le moteur de chacun pour un nouveau départ. Grâce à la petite Lucy, neuf ans, venue seule à New York, Nathan et ceux qu’il aime autour de lui vont trouver un sens à leur destin.

Généreux dans le propos et le verbe, ce roman de Paul Auster place l’humain au centre des préoccupations. Il est aussi une ode au pouvoir de l’écrit et du livre, de la culture, de l’intelligence du coeur et du bien vivre. Et clairement une résistance à l’ère Bush.

Paul Auster
Brooklyn Follies
Actes Sud