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Monthly Archives: septembre 2005

« D ‘après les premiers éléments de l’enquête, le démembrement que le corps de votre épouse a subi présente les blessures caractéristiques des kamikazes intégristes. »

Destin tragique que celui du Docteur Amine ! Celui-ci est palestinien de naissance. Naturalisé israélien, il a fait de brillantes études de médecine et est chirurgien dans un grand hôpital de Tel Aviv. Il a toujours tenu bon face au racisme de ses collègues, à leurs quolibets et jalousies diverses essayant de le maintenir à l’écart. Marié à une palestinienne comme lui, il est heureux et très amoureux ! Mais ce jour là, tout s’écroule. Comment sa femme a-t-elle pu en arriver là ? Quels sont les signes qu’il n’a pas vus ? Lui a-t-elle adressé un appel au secours ? Que lui manquait-il ? Il enquête donc et tente de remonter aux sources ; il retrouve (renoue ?) avec la famille et les amis qu’il a abandonnés. De l’autre côté du mur, il est accueilli avec méfiance. il pourrait être devenu un espion israélien. Il se retrouve donc en porte-à-faux entre ce peuple qui n’est plus le sien et celui qui ne l’est jamais devenu.

Ce roman est intense, passionnant, intelligent ; son style est précis et soigné. Un beau roman !

Yasmina Khadra
L’attentat
Julliard

Titre ironique s’il est en pour cette nouvelle parution en français d’un roman d’Arto Paasilinna écrit il y a trente ans. L’auteur finlandais y fustige déjà, dans un style moins ramassé, la médiocratie. Un ingénieur d’Helsinki arrive dans une bourgade assoupie dirigée, si l’on ose dire, par des édiles communales peu enclines au changement. Elles vont tenter de lui mettre des bâtons dans les roues, du maire au curé. L’ingénieur Jattinen, bâti comme un Viking, bouscule les habitudes, la médisance et la bêtise de chacun, emballe les femmes et les ouvriers acquis à son énergie symptahique d’abord, tyrannique ensuite. On songe à « La Visite de la Vieille Dame », la pièce du Suisse Dürenmatt, à cette vieille toupie richissime venue se venger d’avoir été chassée pauvre, de sa ville, tout comme Jaatinen qui reveindra lui pour le pire ou le meilleur, c’est selon. Grinçant…

Arto Paasilinna
Un homme heureux
Denoël

Un nouveau receuil de nouvelles chez Actes Sud, Un homme sans tête par Etgar Keret. Des histoires souvent très courtes où se développe au fil des pages l’esthétique minimaliste si chère à l’auteur de Crise d’Asthme (Babel).

Ou comment devenir adulte, « grand » sans devenir un « homme sans tête », sans perdre la tête ? Parfois métaphoriques, parfois fantastiques, toujours attachantes, les nouvelles de Keret c’est un peu la difficulté d’être soi, d’être à soi et finalement d’être au monde. Mais ceci dit dans la simplicité du quotidien, ou plutôt dans le léger déraillement qui advient au normal et que Keret insère avec malice dans chacun de ses textes.

Etgar Keret
Un homme sans tête
Actes Sud

Construire sa vie sur un champ de ruines ou comment rester vivant malgré l’absence écrasante d’une mère suicidée. Deux variations sur un même thème pour deux auteurs qui au fil de leurs histoires ne cessent de confirmer leur talent, leur sensibilité extrême et leur singularité complémentaire.

Pour Olivier Adam, la vie s’arrête à 11 ans lorsque sa mère se jette du haut des falaises d’Etretat. Vingt ans plus tard, le narrateur revient sur les lieux du drame pour faire face à tous ces fantômes qui le hantent depuis si longtemps; il évoque au cours d’une nuit les ombres qui ont peuplé son enfance: la frêle silhouette d’une mère qu’il a si peu connue, la violence d’un père acariâtre imposant chez lui la terreur et le non-dit, un frère miraculé qui s’engage dans la marine pour mieux fuir son passé, et quelques autres anonymes…
Chez Arnaud Cathrine, l’exercice du deuil est relaté par les enfants, à trois voix, chacun prenant la parole à tour de rôle et avec dix ans de recul à chaque fois. Trois regards, trois perspectives, trois confrontations à l’absence absolue et à chaque fois, la tentative désespérée d’une fratrie écorchée vive d’échapper au naufrage. Tout ne va pas sans mal car « on aura beau dire, nos constructions hasardeuses ne parviennent pas à se passer d’elle… Il faut du courage et de l’amour autour de soi pour aimer la vie maintenant … »
Deux romans forts et justes, poignants et plein de compassion pour leurs antihéros, qui évitent avec brio les écueils inhérents à ce type de récit.

Olivier Adam
Falaises
L’Olivier

Arnaud Catherine
Sweet home
Phase deux

Dans l’île de Naxos, Eleni est femme de chambre dans un hôtel fréquenté par les touristes. Sa vie est réglée entre un mari garagiste, ses enfants et une amie de jeunesse. Ses seuls espaces de liberté sont précisément ces chambres qu’elle nettoie chaque matin.

Un jour, par un geste maladroit, elle renverse une pièce sur un échiquier. Il en naîtra une passion pour le jeu d’échec, qui la mènera jusqu’au bout de son rêve. Au risque de troubler la tranquille vie familiale.

Un roman très court, plein de sensibilité, d’humour et de tendresse.

Bertina Henrichs
La joueuse d’échecs
L. Lévy

Dans l’île de Naxos, Eleni est femme de chambre dans un hôtel fréquenté par les touristes. Sa vie est réglée entre un mari garagiste, ses enfants et une amie de jeunesse. Ses seuls espaces de liberté sont précisément ces chambres qu’elle nettoie chaque matin.

Un jour, par un geste maladroit, elle renverse une pièce sur un échiquier. Il en naîtra une passion pour le jeu d’échec, qui la mènera jusqu’au bout de son rêve. Au risque de troubler la tranquille vie familiale.

Un roman très court, plein de sensibilité, d’humour et de tendresse.

Bertina Henrichs
La joueuse d’échecs
L. Lévy

Une vie ordinaire que rien ne vient troubler. A l’âge de 33 ans, Adam Valladier, comptable dans une superette, vit encore chez ses parents. Jusqu’au jour où chaque personne rencontrée croit reconnaître en lui un autre, une connaissance, un ancien ami, un dentiste., et Adam glisse ainsi d’une identité à une autre. En quelques jours, il devient l’homme que tout le monde a l’impression d’avoir vu quelque part.

Mais peut-on poursuivre pareil jeu lorsqu’il s’agit de prendre la place d’un amant (celui d’une femme ravissante dont il tombe bien sûr amoureux) qui s’avère être un escroc ?

Suite dans ce livre savoureux.

Claire Wolniewicz
Ubiquité
V. Hamy

Il n’aura donc reçu aucun prix, et pourtant voici sans doute, parmi ceux que nous avons lus, un des grands livres de cette rentrée littéraire 2005.Trois ans après La petite chartreuse , Pierre Péju est revenu en librairie avec un roman grave et profond, au ton proche d’un certain romantisme. Le rire de l’ogre , dont la lecture est un vrai plaisir, peut se lire comme un conte où les hommes, leur vie durant, tentent avec force, sans toujours réussir, de maintenir le fil ténu déroulé depuis l’enfance.

1963. C’est en Allemagne précisément que Paul, jeune adolescent français orphelin de père, séjourne dans le cadre d’un échange linguistique. Derrière les apparences, un immense non-dit, l’ombre de la guerre passée et son empreinte sur ceux qui l’ont vécue et sur leurs enfants. Paul vivra là un moment clé de sa vie d’homme, de ceux qu’on porte en soi, et qui font de toute existence une énigme. C’est là aussi qu’il croisera la jeune Clara, au charme mystérieux et solitaire. Clara, dont le destin sera marqué à jamais par la culpabilité du père, médecin de guerre dans la Wermacht , et qui n’aura d’autre issue que de partir, devenant une photographe célèbre pour ses photos de guerre. Tout au long de leur existence, les chemins de Paul et de Clara se croiseront, de manière fugace. Paul, de son côté, se mariera, aura des enfants. Devenu sculpteur, avec un certain succès, retiré dans le Vercors, il y mènera une vie heureuse. Et toujours, Clara, âme-sour, comme un écho du rire de l’ogre, celui qui dévore ses enfants. Mais, dit Péju, il est vain sans doute de vouloir saisir l’énigme des êtres, et le race des sphinx finit par s’éteindre.
Paul ira ainsi jusqu’au bout, le vieil homme qu’il sera devenu laissera peu à peu les choses s’éloigner, la traversée finira par s’achever. Il y a tout dans ce livre : la naissance, la mort, le bien, le mal, le bonheur, l’art, la création. Et cela dans une écriture où l’on s’immerge avec enchantement.

Pierre Peju
Le rire de l’ogre
Gallimard

Décevant, le nouveau Paul Auster, comme l’écrit Le Monde des Livres ? Pas si sûr. Il faut passer les premières pages, trop bavardes, pour entrer dans le propos de l’auteur.

Quel est-il ce propos ? Brooklyn Follies est le récit apparemment banal de gens ordinaires. Entendez, les vrais Américains qui ne participent pas à la course au profit, à la carrière, à la réussite. Ceux qui n’intéressent pas l’Amérique. Un homme, Nathan Glass, retraité des assurances, soixante ans, divorcé, en rémission d’un cancer, écrit pour lui seul, Le Livre de la folie humaine , raconte les anomymes mal embarqués dans l’existence mais surtout retisse incidemment les liens défaits, dynamise les pannes d’amour, règle le moteur de chacun pour un nouveau départ. Grâce à la petite Lucy, neuf ans, venue seule à New York, Nathan et ceux qu’il aime autour de lui vont trouver un sens à leur destin.

Généreux dans le propos et le verbe, ce roman de Paul Auster place l’humain au centre des préoccupations. Il est aussi une ode au pouvoir de l’écrit et du livre, de la culture, de l’intelligence du coeur et du bien vivre. Et clairement une résistance à l’ère Bush.

Paul Auster
Brooklyn Follies
Actes Sud