Sauter la navigation

Daily Archives: mai 18th, 2006

Cézanne et Georges de la Tour

Il faut avoir la sensibilité de Charles Juliet et de Pascal Quignard pour entrer en résonnance avec leur sujet en y mettant autant d’intime conviction. Loin de l’analyse, très loin de la biographie, Cézanne, un grand vivant de Charles Juliet et Georges de la Tour de Pascal Quignard parlent lumière, matière, quête et maîtrise. A l’arraché ; pour Cézanne le solitaire, mal compris, sévère avec lui-même, acharné à se dépasser. Qui mieux de Charles Juliet peut comprendre l’âpreté de ce combat, qui le vécu lui tout enfant déjà. Il parle au peintre comme Michel del Castillo invoquait son frère d’ombre Dostoeivski.

L’ombre, la lumière, est ce qui requiert Pascal Quignard en toute chose, comment s’étonner qu’il se penche sur les clairs-obscurs du peintre de la chandelle ? On découvre que celui qui sut si bien rendre la ferveur du petit monde domestique, de l’âtre, était un fils de meunier devenu notable. Et pas des plus aimables. Ceci pour l’anecdote. Le reste est silence, spiritualité, ce dont Pascal Quignard nous entretient sur le souffle, comme on dit en musique.

Cézanne, un grand vivant de Charles Juliet,
P.O.L, 10 euros

Georges de la Tour de Pascal Quignard,
Gelilée, 15 euros.

Dans le cadre de la construction du nouveau théâtre Le Manège à Mons, l’architecte Pierre Hebbelinck avait demandé à Marthe Wéry de concevoir des peintures. Le décès de cette dernière a interrompu ce dialogue. On retrouve les échanges d’idées autour d’un projet dans le livre édité par les éditions Fourre-Tout, émanations du bureau d’architecte Hebbelinck. Un livre-objet artisanal, « qui au travers d’une matière volontairement appauvrie », inaccomplie, traduit l’interruption d’une oeuvre. Interviews, photocopies en noir et blanc, pages à découper approchent le travail de celle qui s’est fait connaître pour ses peintures monochromes mais aussi ses vitraux à la collégiale de Nivelles.

Marthe Wéry Architecte
Editions Fourre-Tout

A force de fréquenter les cinémas d’art et d’essais de Los Angeles, Jonathan Gates découvre l’oeuvre perdue de Max Castle, un réalisateur allemand des années 20. Subjugué par la force des films d’épouvante de ce dernier, dont une adaptation cauchemardesque du non moins cauchemardesque roman de Conrad, Au coeur des ténèbres, il s’efforce de comprendre les techniques utilisées pour distiller la terreur et finit par comprendre que le réalisateur a caché des images dans ses films. Qui était donc Max Castle et quel but poursuivait-il ? Très vite, son enquête devient une véritable obsession…
Mêlant un sens aigu du suspense et une érudition particulièrement communicative, Roszak a fait de la conspiration des ténèbres un ravissement pour les amateurs du septième art comme pour les férus de grands livres. Fascinant !

Théodore Roszack
La conspiration des ténèbres
Livre de Poche