Sauter la navigation

Monthly Archives: septembre 2006

Sonia est une jeune femme en pleine crise existentielle. Tout juste sortie d’un mariage étouffant et tumultueux, elle décide de changer de vie et s’installe à la montagne où, physiothérapeute, elle accueille et soigne les clients en cure dans un hôtel de luxe. Mais l’apparente tranquilité de ce village cache de lourds secrets . Dans cet univers confiné évoluent des personnages aussi différents que truculents, du paysan fouineur au vieux portier alcoolique, en passant par l’épicière roublarde et la propriétaire bon chic bon genre de l’hôtel . Un roman noir.

Martin Suter
Le diable de Milan

Bourgois

Réunion de famille à l’occasion de l’anniversaire de Théo. Sa mère, sa fiancée, son frère, une amie d’enfance et son fils sont réunis, et tous ensemble entament un jeu de société qui permet de dévoiler les personnalités… Et le livre aussi se déroule en trois parties. On plonge d’abord dans la pensée et la vie des personnages, dans le secret de leurs émotions. Ensuite, grâce au jeu et au dialogue, les personnages vont tenter de donner une autre image d’eux-mêmes. Enfin, c’est au tour du narrateur de prendre la parole et de dévoiler les choses. Avec finesse et delicatesse, Alice Ferney parle d’amitié, de fratrie et d’amour.

Alice Ferney
Les autres

Actes Sud

 

Qui se souvient de Pierre Clémenti ? Il faut se rappeler des années 60 et 70, ou être cinéphile, pour reconnaître en cet homme à la beauté sulfureuse l’acteur qui joua pour les plus grands, Buñuel, Visconti, Deville, Pasolini., et qui brûla sa carrière, et sa vie en même temps. Déboulé sur la scène de Saint-Germain-des-Prés comme un ange venu du ciel, il s’élança vers le succès, sans éviter ses pièges. Mais l’homme blessé qu’il était ne pouvait s’en satisfaire, et toujours il resta un rebelle. Ce qui le mena à connaître l’expérience de la prison, lors de son séjour en Italie dans les années 70. Point de rupture pour lui, à tous égards.
Disparu en 1999, il devient aujourd’hui le personnage d’un roman-vrai, superbement écrit par une des ses amies et confidentes. C’est à la fois, ou alternativement, un récit de vie et une fiction, en tout cas un livre très personnel, un dialogue plein d’empathie avec Clémenti. C’est aussi, bien évidemment, l’évocation d’une époque qui s’éloigne, où l’on croise Andy Warhol, Jean Genet, Maurice Béjart et bien d’autres, et pour laquelle une certaine nostalgie est de mise.

Jeanne Hoffstetter
Pierre Clémenti
Denoël

 

Voici, à notre avis, un des livres importants de cette rentrée d’automne. Train de nuit pour Lisbonne arrive de Suisse alémanique, et est à juste titre considéré comme un des grands romans européens de ces dernières années. Il s’insère dans la tradition du roman philosophique, dont est riche la langue allemande, et ses connections avec d’autres facettes de la culture et de la littérature européennes en font un livre rare et puissant.

Grégorius est un banal et obscur professeur de langues anciennes. Le hasard d’une rencontre avec une jeune Portugaise sur un pont de Berne fait basculer son existence. Entré dans une librairie lusophone, il feuillette le livre de mémoires d’un médecin, Amadeu de Prado. Il lit : S’il est vrai que nous ne pouvons vivre qu’une petite partie de ce qui est en nous – qu’advient-il du reste ? A quoi il répond « Je voudrais acheter ce livre ». Y a-t-il un mystère sous la surface de l’activité humaine ? Ou tous les hommes sont-ils entièrement tels que le révèlent leurs actions accomplies en plein jour ? Quel est l’homme qui a pu écrire cela et par ces mots frapper si juste ? Sans hésiter, Grégorius lâche tout et embarque dans le train de nuit pour Lisbonne. Là, il mènera son enquête qui en un sens tient du thriller, puisqu’il s’agit de reconstituer la vie et le monde intérieur d’un homme sous la dictature de Salazar.

La ville de Lisbonne n’est pas un hasard dans ce livre. Pascal Mercier dit s’inspirer de la définition du roman par Kundera comme devant être une méditation poétique sur un sujet. Le sujet ici c’est l’âme humaine, et l’irruption de la conscience morale dans la confrontation d’une tradition lettrée et de la brutalité qui secoua l’Europe du XXe siècle, dont le Portugal.

Il y a Pessoa aussi, aux textes duquel s’apparentent les écrits du médecin Amadeu. Ne peut-on dire à leur propos que résonnent ces phrases du livre de Pascal Mercier ? Etait-il possible que le meilleur chemin pour s’assurer de soi-même passât par la connaissance et la compréhension d’un autre ? Un homme dont la vie s’était écoulée très différemment et avait possédé une toute autre logique que la vôtre ? Comment la curiosité que vous inspirait une autre vie s’accordait-elle avec la conscience que votre propre temps s’écoulait ?
Pascal Mercier  – Train de nuit pour Lisbonne, traduit de l’allemand (Suisse) par Nicole Casanova, Maren Sell éditeur, 490p.

Pascal Mercier
Train de nuit pour Lisbonne, traduit de l’allemand (Suisse) par Nicole Casanova
Maren Sell éditeu

 

La Turquie moderne, pluraliste, démocratique et laïque d’Ataturk vue par une bande de jeunes ados juifs, catholiques, musulmans, laïques, kurdes, arméniens aux parcours difficiles. Cocasse, naïf, charmant, pleine d’espérances et de vie. A lire pour comprendre la Turquie d’aujourd’hui.

Extrait : « Nous étions jeunes et, selon Platon qui nous captivait depuis peu, plus sages que les anciens. Nous allions rendre le monde meilleur. Supprimer les guerres. Etablir la justice universelle et les droits de l’homme. Arrêter le sacrifice de millions d’êtres sur l’autel de paranoïaques. »

Traduit par Sylvie Finkelstein

 Moris Farhi
Jeunes Turcs

Buchet Chastel

 

Le temps d’un été caniculaire, Grady, jeune fille de la Haute, s’éprend de Clyde un mécano juif. Alors que les parents de Grady voguent vers l’Europe, les deux jeunes passent quelques semaines à s’aimer dans le splendide appartement familial. Au mépris des convenances, elle s’enfonce dans la passion, jeune rebelle gâtée et imprévisible et se marie avec le rude mécanicien.

Roman naturaliste d’où émane un merveilleux parfum de Salinger, que n’entache pas une sensation de trop peu. Un livre, dont le manuscrit fut découvert il y a peu lors d’une vente, et qui fut écrit par l’ami de Harper Lee vers 1943. Capote qui a alors 20 ans écrit un roman, certes inachevé (Capote n’envisagea pas de le publier) et un brin déconstruit, qui déborde toutefois d’une surprenante maturité. De cette traversée, entre insouciance et désillusion, nous garderons des images, des couleurs et une certaine aspiration à l’exubérance.

Truman Capote
La traversée de l’été
Grasset

 

Non, Marilyn n’est pas morte. Et John Kennedy n’a pas été assassiné à Dallas. Ils ont disparu pour filer le parfait amour. Mais ceux qui en doutent, eux risquent leur vie, c’est sûr. Patrick Besson a pu en être le témoin. Et il apporte des preuves.

Ce (très) court roman est loufoque, mais il tient la route. Marilyn est aujourd’hui une vieille dame, elle vit près de chez nous. Elle ne s’est pas suicidée en 1962, de même que les Américains n’ont pas marché sur la lune en 1969. C’est Kennedy qui l’a dit.

Patrick Besson
Marilyn Monroe n’est pas morte
Mille et une nuits

Chi Li reprend l’argument developpé par Mo yan dans « Le maître a de plus en plus d’humour » (Points Seuil, voir par ailleurs), à savoir le licenciement d’un Chinois au terme d’une carrière irréprochable menée dans la plus stricte observance des principes maoïstes. Ce thème consacre la rupture entre la Chine d’hier et celle d’aujourd’hui : « Chef Bian, reveillez-vous un peu ! L’époque du collectivisme, il y a longtemps que c’est terminé ! ».Ce qui, chez Mo Yan, donne lieu à un merveilleux petit conte plein de malice, est l’occasion pour Chi Li d’écrire un très beau roman, intimiste et admirablement construit. L’histoire simple d’un homme blessé qui tente d’apprendre une nouvelle vie.
Chi Li, qui nous avait habitué dans ses précédents romans à aborder, avec sa coutumière irrévérence, les soubresauts de la société chinoise à travers le prisme très noir de relations familiales, offre au lecteur un livre d’une clarté inédite !

Chi Li
Un homme bien sous tous rapports
Actes Sud

Racontée sous forme de roman, et avec talent, la vie courte et tragique d’une femme d’exception. Née en Suisse en 1908, Anne-Marie Schwarzenbach fut tour à tour écrivain, archéologue, photographe, mais aussi une infatigable voyageuse, en un temps qui permettait encore aux femmes intrépides de parcourir l’Afrique et l’Orient en toute liberté. Car libre, elle le fut très tôt. Rebelle à son milieu d’origine, elle évolua dans l’Europe de l’entre-deux-guerres, notamment à Berlin où elle rencontra celle qui fut la passion douloureuse de sa vie, Erika, la fille de Thomas Mann. Tant aimée, elle le fut sans doute, mais le bonheur fut difficile. Et la vie ne lui laissa qu’un temps trop court.

Elle, tant aimée
Melania G. Mazzucco
(traduit de l’italien par Philippe Di Meo)
Flammarion.