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Daily Archives: janvier 30th, 2007

«On n’écrit que pour soi. On prétend dialoguer mais tout n’est que soliloque.» Ainsi pourrait-on résumer la trame du dernier opus de Philippe Besson qui reprend la formule du roman épistolaire pour dire le désarroi d’une femme abandonnée. Pour échapper à l’absence et à tout ce qui la ramène au manque, Louise s’en va. La Havane, New York, Venise, l’Orient-Express: de chacun de ces ailleurs, elle écrit de longues lettres à celui qui l’a laissée inerte et dévastée pour dire sa vie sans lui, évoquer les souvenirs heureux, les tempêtes silencieuses, tenter de comprendre le désamour et accepter la trahison, sans jamais de réponse en retour. Au fil du temps et des voyages, la mémoire se libère, les larmes s’assèchent et le coeur s’allège. Comme son héroïne, l’auteur de « En l’absence des hommes » et de « L’arrière-saison » cisèle le détail, ausculte les passions et trouve les mots justes.

Philippe Besson, Se résoudre aux adieux, Editions Julliard

Sortie en poche du texte fondamental d’Elie Wiesel, survivant du camp d’Auschwitz où il fut déporté à 15 ans, prix Nobel de la paix en 1986 et infatigable témoin de l’Holocauste. « La nuit » est son premier livre, publié en 1958. Il ressort dans une nouvelle édition avec une nouvelle préface de l’auteur. Outre le récit tragique de la déportation, de la séparation familiale et du camp, Wiesel questionne la dignité de l’Homme confronté à l’horreur absolue. La nuit est en ce sens un livre universel.
Hemmingway place à l’entrée de son plus beau roman cette phrase de John Donne : « La mort de tout homme me diminue, parce que je suis solidaire du genre humain. Ainsi donc n’envoie jamais demander : pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi » C’est au nom de cette universalité, de cette compassion nécessaire qu’il faut lire ou relire le livre de Wiesel.

La Nuit
Nouvelle édition
Préface d’Elie Wiesel,postface de François Mauriac
Collection « double », Minuit