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Daily Archives: août 15th, 2008

Il fut un temps où la nuit de noces pouvait se révéler un redoutable moment de vérité. Et en Angleterre, en 1962, entre la chute de l’Empire et la révolution sexuelle, nul doute que cette épreuve ne fût pas rare. C’est en tout cas celle que vécurent Edward & Florence dans ce petit hôtel du Dorset, en bord de mer, et que raconte ce court roman de Ian McEwan, avec l’habituel talent d’un fin observateur de la condition humaine. Car les temps ont changé, certes, l’Angleterre aussi, et la cérémonie des nuits de noce souvent relayée au rang de curiosité. Mais la condition humaine ?
Humour grinçant en prime, ce livre est un intermède heureux dans la production romanesque d’un des écrivains anglais les plus intéressants aujourd’hui. Rappelons ces quelques titres : Le jardin de ciment, L’enfant volé, Amsterdam, Samedi

Ian McEwan : Sur la plage de Chesil, Gallimard, 2008, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, 150p, 16,90€

Au lendemain d’une fusillade à Naples, Matteo voit s’effondrer toute raison d’être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s’enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.
Cinquième roman de Laurent Gaudé, La Porte des Enfers se déroule une nouvelle fois, et avec évidence, dans une Italie âpre et violente, là où la vengeance est possible. C’est là aussi, en bordure de Méditerranée que depuis l’Antiquité se situent les portes de l’Enfer, où de rares humains ont eu l’audace de pénétrer pour y rechercher l’âme de leurs défunts. Matteo le fera, pour tenter de retrouver son fils, payer le prix de sa vengeance, et permettre à la chaîne des vivants et des morts de se nouer.
Remarquablement construit, ce livre émouvant, voyage vers l’Au-Delà, est une belle métaphore du sentiment que l’on exprime en évoquant la présence des morts tant qu’elle subsiste dans la mémoire des vivants, alors qu’un peu de ceux-ci est emporté par ceux qui disparaissent.

Laurent Gaudé : La porte des Enfers, Actes Sud, 2008, 270p, 19,50€

La petite musique de Jean-Paul Dubois nous revient avec ce nouveau roman, une fois de plus en phase avec l’air du temps et les émois de ses contemporains. Paul Stern – toulousain, la cinquantaine (comme l’auteur) – saisit l’aubaine d’un contrat à Hollywood, où il réécrira le scénario du remake d’un film français, pour s’éloigner de ses proches : une épouse dépressive, un père vieillissant mais devenu flambeur après un héritage, des enfants qui ont quitté la maison. Une année pour s’y retrouver, dans cette vie qui hésite entre la fin de la jeunesse et l’horizon qui se rapproche, avec bien sûr l’imprévu qui surgit : Selma, sosie parfait de son épouse, avec trente ans de moins… Et comme souvent chez Jean-Paul Dubois, l’actualité n’est pas loin. Ici, en arrière-fond, la dernière campagne présidentielle française, traitée avec humour et le ton décalé d’un auteur qui ressemble furieusement à ses personnages.
Après Hommes entre eux, où la fragilité de l’homme était traitée à l’ombre des grands romans américains, Les accommodements raisonnables seraient peut-être le constat des illusions qu’offre l’Amérique. Accommodements raisonnables, disait-il…

Jean-Paul Dubois : Les accommodements raisonnables, Editions de l’Olivier, 261p, 2008, 21€