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Daily Archives: novembre 16th, 2008

jean-bofaneUne plongée romanesque dans la ville de Kinshasa, où l’on sait que la vie n’est pas un long fleuve tranquille… Comme tous ses compatriotes, le jeune Célio lutte chaque jour pour survivre dans une cité en proie à la pauvreté, au chômage et à la corruption. Mais il en faut plus pour éteindre la flamme des habitants de ce pays, et il y a bien des manières de contourner le tragique, à commencer par l’humour. et le regard décalé de ceux qui cherchent un peu d’empathie avec un monde si déréglé. Pour Célio, c’est un vieux manuel de mathématiques qui sert de viatique, en même temps que de clé pour sortir de toute situation embrouillée. Et c’est ainsi qu’il sera un jour repéré par un sbire du régime, et embarqué dans les coups fumeux du Bureau Informations et Plans, dont il sortira pourtant indemne, et grandi.
C’est un nouveau roman magnifique, issu de la francophonie, qui parle simplement des gens et, malgré les difficultés, de leur joie de vivre et de leur solidarité. Comme toute fiction intelligente, il met des mots sur le réel, et en l’occurrence, sur une certaine Afrique.
In Koli Jean Bofane a obtenu pour ce livre le Prix Jean Muno 2008.
Il a été l’invité de Graffiti le 26 octobre 2008.

australia-undergroundPeut-on imaginer ce que le monde a vécu depuis le 11 septembre ? La chappe de plomb tombée sur nos têtes, le prétexte de la guerre à la terreur pour étouffer les libertés, l’alliance des grands Etats et de leurs oligarchies pour mener leurs affaires en toute tranquillité, de concert avec leurs ennemis, et cela sans plus rendre de comptes à leurs populations ? Et l’Australie, ce pays-continent, pour tête de pont de ce nouveau totalitarisme ? A la manière de George Orwell, d’Aldous Huxley, ou plus récemment de J.G.Ballard, Andrew McGahan livre ici un roman d’anticipation politique d’autant plus frappant qu’il est branché sur l’histoire immédiate, et qu’il lui suffit de pousser « un peu plus loin » les dérives réelles de l’idéologie sécuritaire pour décrire ce monde fermé, où les résistants de la liberté doivent vivre cachés, Australia Underground. Chez McGahan, l’humanité a toujours du mal à émerger.
Moins « polar » que son précédent (et remarquable) ouvrage Derniers verres, ce roman très fort justifie donc tout autant sa présence dans la collection « noire » des Editions Actes Sud, dirigée par Marc de Gouvenain.

Andrew McGahan : Australia underground, traduit de l’anglais (Australie) par Laurent Bury, Actes Sud, collection actes noirs, 303p.