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Daily Archives: février 21st, 2010

Sofia se réveille à l’hôpital après une tentative de suicide. Quelles circonstances ont bien pu pousser la jeune femme à attenter à ses jours ? Il y a tout d’abord un penchant affirmé pour les hommes dépressifs comme elle, mais surtout faibles et lâches, dont son ex-mari Nicola et ses deux amants, Arturo et Marcello. Mais cela ne serait rien sans une histoire familiale pour le moins difficile : son père Ferdinando, océanologue, est absent depuis toujours et lui envoie des quatre coins du monde par Internet de petits films consacrés à la vie des requins, et sa mère Margherita s’est donnée la mort alors que Sofia était encore enfant. Déjà précaire, l’équilibre psychique de la jeune femme vacille un peu plus lorsqu’elle retrouve un paquet de lettres que sa mère n’a jamais expédiées et dont la lecture lui ouvre les yeux. Mais les apparences sont trompeuses : Sofia a-t-elle vraiment voulu se tuer ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’une seconde naissance ?
Porté par un humour dévastateur, un rythme trépidant et une écriture flamboyante, L’équilibre des requins a le courage d’affronter un sujet difficile, la dépression, dans toute sa complexité. Un défi ambitieux que Caterina Bonvicini relève brillamment. (notice de l’éditeur)
A découvrir…

Caterina Bonvicini : L’équilibre des requins, traduit de l’italien par Lise Caillat, Gallimard (Du monde entier), 298p, 21€

On connaît l’origine de ce livre. Yvon Toussaint, ancien rédacteur en chef du quotidien bruxellois Le Soir, pianotant sur Internet, tombe un jour sur l’évocation d’un homonyme, Yvon Toussaint comme lui, sénateur haïtien assassiné en 1999. L’écrivain, au demeurant toujours journaliste dans l’âme, n’hésite pas. Via New York et Miami, pour y rencontrer la fille et la veuve du sénateur, il embarque pour Haïti. Et commence alors une expérience assez étonnante, où le narrateur entre lui-même dans le récit, personnage d’une enquête qui ne sera pas sans risques. Il est sûr qu’à remuer de vieilles histoires de crime, on dérange, et on le lui fera sentir. Mais aussi parce qu’Haïti est le pays du Vaudou, qui célèbre particulièrement le thème des jumeaux. Il faut accepter ainsi « une fois pour toutes que le vif puisse tout autant saisir le mort que l’inverse« . Phénomène de dédoublement, vertige de l’Yvon Toussaint écrivain (il se tutoie dans le texte, comme pour se mettre à distance), et tout cela fait un livre passionnant et original, dont il ne faut pas négliger la part de fiction (notamment par des personnages hauts en couleur), puisque dans cette histoire, aucune vérité ne peut se dire sans qu’elle soit réécrite par le romancier.
Autre chose encore, de taille. A l’heure où Haïti connaît un drame terrifiant, ce livre fait aussi œuvre de témoignage de cette île lointaine, terre tragique mais fascinante, adossée à un Saint-Domingue que fréquentent tant de touristes innocents, ou inconscients, c’est selon.

Yvon Toussaint : L’assassinat d’Yvon Toussaint, Fayard, 2010, 372p.