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Daily Archives: août 30th, 2010

Trois jeunes gens et leurs mères, à Saint-Petersbourg, dans la Russie d’aujourd’hui, plombée par la guerre en Tchétchénie. Des jeunes gens aux destins si différents : l’un de père caucasien, et donc méprisé, qui tente d’échapper à la guerre et de retrouver sa mère ; un autre, soldat de troisième classe, souffre-douleur de son régiment, déserteur malgré lui. Ces deux-là vont se cogner l’un à l’autre, se sentir, peut-être s’échapper ensemble, dans un très beau moment. Mais l’histoire n’est jamais simple. Un troisième garçon est là, en révolte de son milieu petit-bourgeois, et qui pourtant défendra son territoire, sans vergogne.
C’est un livre où les mères sont toujours présentes. Celles qui tentent de sauver leurs fils de la guerre, ce sont les plus courageuses. On sait que, si souvent dans le cadre des conflits qui déchirent notre époque, ce sont les mères qui se battent pour cela. Et puis les autres, qui tentent simplement d’en sortir, de mener leurs vies en se sauvant elles-mêmes.
Un livre très fort, très sensible, qui porte aussi témoignage de ce que vivent les habitants d’une Russie minée par la guerre et une économie sauvage.

Bernardo Carvalho : ‘Ta mère, traduit du brésilien par Geneviève Leibrich, Editions Métailié, 210p, 17€

C’est un texte de Rudyard Kipling qui a inspiré ce beau titre à Mathias Enard. Un conte à l’orientale, une histoire courte et exemplaire, racontée sur le mode simple de la narration. Et en filigrane, bien d’autres choses… Et d’abord, une manière heureuse pour l’auteur, … et son lecteur, d’échapper à l’héritage impressionnant de son roman précédent, le formidable Zone, bombe littéraire de la rentrée littéraire en 2008.
L’histoire se passe en 1506. Michel Ange est sollicité par le Sultan Bayezid le Juste (aussi connu sous le nom de Bajazet) pour la construction d’un pont sur le Bosphore. En froid avec son mécène le pape Jules II, et séduit par la rémunération qu’on lui promet, l’artiste accepte, d’autant qu’un premier projet, présenté par son rival Léonard de Vinci, a été refusé par le sultan. On sait que les événements n’en permettront pas la réalisation, mais cet épisode de la vie de Michel Ange, son séjour à Istamboul, permet, par le privilège de la fiction, outre des incursions dans l’histoire de l’art (la Sixtine porte des traces de ce séjour), de mettre en scène l’artiste face à sa création, et aux influences qui le traversent. Ainsi de la place que prennent auprès de lui le poète Mesihi, artisan du renouveau de la poésie ottomane, ainsi qu’une danseuse, à moins que ce ne soit un danseur, suscitant l’un et l’autre un désir toujours remis à plus tard, source en tout cas des passages les plus poétiques du livre, évoquant la nature des sentiments de Michel Ange. A notre avis, ce texte d’Enard ressemble bien à son auteur,tel qu’il apparaît au fil de ses livres, et ce pont sur le Bosphore est plus qu’une anecdote historique. Les sens, et leurs troubles, les croyances, les états, tout ce qui pourrait sembler s’opposer, et qui habite les individus, ne peuvent-ils se relier ? Comme peut-être, en nos temps troublés, l’Orient et l’Occident…

Mathias Enard : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Actes Sud, 2010, 154p, 17€