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Chalandon-une-joie-feroceUne chose est sûre. La lecture au long cours d’un auteur peut être un piège, lorsqu’à la parution de son nouveau livre, on s’interroge. A moins que ce ne soit la force de l’écrivain, de surprendre. Non pas tant par la façon toujours improbable qu’a celui-ci de clôturer l’intrigue qu’il a imaginée, ou le récit vécu qu’il a romancé. Là, Sorj Chalandon sait y faire, à laisser le lecteur ébranlé. On se souvient, entre autres, de Mon traitre, de Retour à Killybegs, du Quatrième mur, tous en plus avec en arrière-fond le thème de la guerre. Ou encore de l’impressionnant Le jour d’avant, drame d’un homme frappé par la culpabilité, et d’une certaine manière lui aussi en guerre. Contre lui-même.
Une joie féroce parle d’un autre combat. Celui que Jeanne, pudique libraire au profil plein d’empathie pour les autres, va mener contre un cancer. Mais pas tout de suite, car il faut du ressort pour se relever quand la foudre vous tombe dessus. Et ce qu’elle vit, en elle-même et dans le regard des autres, l’angoisse au ventre et le sentiment de ne plus tout à fait appartenir au monde, c’est la maladie telle que la vivent tant de femmes, d’hommes aussi, et dont Sorj Chalandon parle avec une justesse qui ne doit sans doute rien à l’imagination. Alors, réagir, oui ce sera possible pour Jeanne, par la grâce de la rencontre de trois autres femmes, Brigitte frappée du même mal et son amante Assia, et Melody venue de l’Est et qui semble bien paumée. Cette fraternité qui va les relier, c’est bien sûr le partage de la douleur, la parole amie, pour certaines le refuge loin d’hommes ou de compagnons qui se comportent comme des goujats. Et on comprend assez vite que le propos se veut de notre temps. C’est un combat de femmes.
C’est aussi le point de bascule du récit, qui passe au tragi-comique lorsque ces femmes se lancent dans une très improbable (et le mot est ici à prendre au sens strict) tentative de fric frac. Et cette fois ce n’est plus dans l’issue douce-amère de l’histoire qu’est la surprise du chef, mais bien plutôt dans le côté grand-guignolesque qu’il insuffle à son récit.
A lire les critiques, les avis sont partagés. Il n’est pas interdit à un auteur qu’on aime de changer de braquet, et donc de décontenancer le lecteur. Mais Chalandon a le sens de la narration, et le propos qu’il veut faire passer dans ce livre, sans doute très personnel, atteindra celles, ceux, en qui il peut trouver un écho.
Philippe Goffe

Sorj Chalandon : Une joie féroce, Grasset, 2019

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