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Category Archives: Policiers

Mourir-la-nuitÀ la croisée du journalisme et du policier, c’est un genre peu exploré en Belgique : la littérature du réel. Ainsi parle Pierre de Mûelenaere, l’éditeur de ce livre qui n’est pas un roman à suspense, même s’il en utilise la force narrative. Car il s’agit bien d’histoires policières dont il y est question, de celles qui feraient l’objet de deux faits-divers dans un quotidien, et dont un romancier talentueux tirerait un récit haletant. Et c’est tout l’art d’Anne-Cécile Huwart, journaliste indépendante qu’on a pu lire dans différents médias dont Le Soir et Médor, d’y être arrivée à partir de faits réels. Car tout est vrai dans ce récit, les deux crimes commis à Bruxelles en 2012, -un SDF et un bourgeois de la rue Messidor, sans rapport l’un avec l’autre, sauf qu’ils ont été commis le même jour-,  l’enquête de la Crim’ sur la piste des suspects, les témoignages des proches, la reconstitution des parcours de vie, jusqu’à l’évidence d’avoir trouvé les coupables. Et les procès.
Anne-Cécile Huart sait que très souvent, derrière les faits-divers, se racontent des trajectoires humaines douloureuses et après avoir été autorisée à suivre ces deux enquêtes du début à la fin, ce furent pour elle cinq années d’immersion dans des affaires « qui se passent à côté de chez nous », où suinte la misère humaine, et que des femmes et des hommes, ceux de la Crim’, doivent affronter et mener à terme. A ce titre, le récit est passionnant, et pour le lecteur abreuvé d’histoires policières par les romans, les films, les séries télévisées, une évidence apparaît : la réalité n’a rien à envier à la fiction. Et la littérature est partout.

Anne-Cécile Huwart : Mourir la nuit, ONLIT – Editions.

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couverture sarah0001Basile Giudicelli est un jeune trentenaire insouciant, qui aime son métier, sa femme, son appartement et sa vie à Bruxelles. Le jour où sa cousine Jeanne est poignardée, son univers bascule et Basile plonge dans une grave dépression. Il demande alors l’aide du détective Ange Mattéi, qui séjourne pour la première fois en Belgique, dans le charmant quartier des étangs d’Ixelles. Mattéi comprend rapidement que le meurtre de Jeanne est lié à la tragédienne Sarah Bernhardt. Entre Edmond Rostand et Jacques Brel, Odéon et Mort Subite, Champagne et Duvel, Mattéi n’a que très peu de temps pour découvrir toute la vérité.
(notice de l’éditeur)
Le nouvel épisode de la série policière que Martine Cadière consacre à quelques femmes hors du commun.
Après George Sand et Joséphine Baker, Sarah Bernhardt.

Martine Cadière : Sarah mourait si bien, Editions Dricot, Liège, 2009.

GarnierUn couple appartenant au « troisième âge » achète une villa dans un lotissement hyper- sécurisé « senior only ». L’installation est un peu difficile car les travaux ne sont pas tout à fait terminés… Voir s’installer de nouveaux voisins est donc source d’espoir et de réjouissances. Et pourtant les choses ne sont pas si simples : l’éducation, la culture, les non-dits et les fantasmes mettront les nouveaux arrivants à rude épreuve!
Malgré la noirceur du sujet, Pascal Garnier décrit avec finesse et humour une génération qui voudrait s’offrir le bonheur en prime!

Pascal Garnier : Lune captive dans un oeil mort, Zulma, 2009,157 p, 16,50 euros.

australia-undergroundPeut-on imaginer ce que le monde a vécu depuis le 11 septembre ? La chappe de plomb tombée sur nos têtes, le prétexte de la guerre à la terreur pour étouffer les libertés, l’alliance des grands Etats et de leurs oligarchies pour mener leurs affaires en toute tranquillité, de concert avec leurs ennemis, et cela sans plus rendre de comptes à leurs populations ? Et l’Australie, ce pays-continent, pour tête de pont de ce nouveau totalitarisme ? A la manière de George Orwell, d’Aldous Huxley, ou plus récemment de J.G.Ballard, Andrew McGahan livre ici un roman d’anticipation politique d’autant plus frappant qu’il est branché sur l’histoire immédiate, et qu’il lui suffit de pousser « un peu plus loin » les dérives réelles de l’idéologie sécuritaire pour décrire ce monde fermé, où les résistants de la liberté doivent vivre cachés, Australia Underground. Chez McGahan, l’humanité a toujours du mal à émerger.
Moins « polar » que son précédent (et remarquable) ouvrage Derniers verres, ce roman très fort justifie donc tout autant sa présence dans la collection « noire » des Editions Actes Sud, dirigée par Marc de Gouvenain.

Andrew McGahan : Australia underground, traduit de l’anglais (Australie) par Laurent Bury, Actes Sud, collection actes noirs, 303p.

Pour les amateurs de polars historiques, la maison d’édition 10/18 est depuis longtemps la référence à travers sa collection « Grand détectives ». La dernière sensation s’appelle Frank Tallis : un docteur en psychologie renommé et par ailleurs auteur d’une série intitulée « les carnets de Max Liebermann » : des intrigues policières dans l’Autriche de 1900. Particularité de l’enquêteur : il s’agit d’un docteur adepte des bouleversements de la psychiatrie d’alors, en bref un détective-psychanalyste ! Nous avons lu pour vous « Les mensonges de l’esprit » et confirmons : c’est excellent ! Au milieu d’une valse, l’inspecteur Rheinhardt est appelé d’urgence à Saint-Florian, une école militaire des environs de Vienne, où un jeune élève vient d’être trouvé mort. Pointons d’une part une enquête fort bien construite et d’autre part l’ambiance si particulière du Vienne du début XXe.

Les mensonges de l’esprit
Frank Tallis
10/18
trad par Michèle Valencia

Depuis son mariage avec Nathalie, une jolie Russe rencontrée à l’ambassade du Danemark dix ans auparavant, Marcus Hoffman cultive une vie rangée, rythmée par ses voyages à l’étranger pendant lesquels, en homme d’affaire avisé, il négocie d’importants contrats.
Le jour où Nathalie, qui ne lui a jamais confié son passé, lui propose une croisière dans son pays natal, où elle n’est pas retournée depuis, Marcus fait taire ses doutes et accepte le voyage. Quelques jours plus tard, lors d’une escale dans une petite ville près de Moscou, elle disparait mystérieusement. Le voilà seul, perdu dans un pays violent et hostile dont il ignore tout, à la recherche d’une épouse dont il ne sait finalement que très peu de choses. Comme ses certitudes s’effondrent peu à peu, Marcus voit la réalité se fissurer. Davidsen signe ici un thriller faussement calme qui emmene le lecteur dans les méandres d’une Russie moderne dont le néo-clinquant des apparences dissimule habilement l’héritage d’une Histoire marquée par la violence.

L’épouse inconnue
Leif Davidsen
Gaia polars
traduit par Monique Christiansen

Apres la trilogie Millenium (troisième volume attendu et prévu pour l’automne 2007) dès à présent considérée comme un des évènements majeurs du polar dans l’édition française de ces dernières années, Actes Noirs persiste avec un nouveau pavé signé par l’Australien Andrew McGahan.

Quand Charlie vient se faire torturer à mort dans le patelin où s’est réfugié dix ans auparavant son ancien ami Georges Verney, alcoolique repenti, impliqué comme lui dans les scandales de corruption qui ont balayé Brisbane et le Queensland à l’époque, Georges est loin de se douter du tour que vont prendre les évènements. Ce passé fait de femmes, d’alcool, d’argent et de fêtes qu’il croyait avoir enfoui avec tant de peine revient, bouteilles en tête, et s’apprête à tout balayer sur son passage.

Derniers verres, confirme donc d’une part la place que prend Actes Sud dans le genre très prisé du thriller/policier mais aussi la grande compétence de ses éditeurs. En lisant ce titre, on pense immanquablement à la force et au caractère d’un James Ellroy version Dahlia Noir. Mais au jeu des comparaisons, on risquerait de perdre ce qui fait de ce roman un livre unique à la construction parfaite et à la noirceur abyssale. A découvrir sans attendre !

Derniers verres
Andrew McGahan
Actes Sud

Attention, ceci n’est pas une fiction… mais un recueil d’articles écrits entre 1984 et 1992 pour la chronique policière d’un quotidien de Floride. Avant de devenir écrivain, Connelly eut l’occasion de suivre de près le travail de la police en intégrant une équipe d’enquêteurs. Drogue, enlèvement, racket, hold-up… un catalogue d’affaires criminelles desquelles il prend le parti de faire surgir le facteur humain : l’humanité des victimes, des criminels, comme celle des flics. On est donc loin des simples comptes-rendus cyniques ou sensationnalistes. Connelly veut mettre en perspective, rendre dicible l’horreur, la rendre non pas compréhensible mais appréhendable. Au fil des pages, il essaye de comprendre ce qui l’a mené à son premier succès, Le poète, roman qui met en scène un journaliste… La réalité donc, parfois crue mais toujours captivante.

Michael Connelly
Chroniques du crime
Seuil

 

David Miller, écrivain et embaumeur, reçoit un jour l’excentrique proposition d’un vieux paraplégique. En échange d’un salaire mirobolant, il accepte de s’isoler avec sa famille durant un mois dans un chalet perdu au milieu de la forêt noire avec pour seule occupation, l’écriture d’un roman consacré au Bourreau 125, tueur en série retrouvé mort 25 ans auparavant. Trop heureux de pouvoir s’évader d’un quotidien morose, Miller accepte et part avec sa famille retrouver le vieillard et sa compagne. Bien vite pourtant, les secrets qui jaillissent de la documentation du vieux Doffre transforment l’agréable villégiature en un huis-clos incontrolable : La psychose s’installe… L’écriture, efficace et machiavélique, transforme cette intrigue à la Shining en une oeuvre originale et maitrisée de bout en bout : frissons garantis !

Franck Thilliez
La forêt des ombres

Ed. Le Passage

Les meurtres ne sont pas, à Reykjavik , cette sale habitude prise par les grandes mégalopoles ultraviolentes que sont New-York, L.A., Londres ou Rio de Jaineiro . Quand l’inspecteur Erlendur se voit chargé du meurtre d’un vieil homme, Holberg , assassiné dans son salon, il comprend vite que sa relative tranquillité islandaise vient, en un violent coup de cendrier, de prendre fin. D’autant que l’assassin a pris un malin plaisir à laisser un message pour le moins énigmatique : « je suis lui ».

Quelques jours plus tard, alors que la police découvre des milliers d’images pornographiques dans le disque dur de la victime, Erlendur met la main sur la photographie d’une tombe d’enfant que dissimulait Holberg dans le bureau, l’affaire prend une tournure inattendue… Ce premier roman, écrit avec une grande maîtrise, saura plaire aux amateurs de polars.

Arnaldur Indridason
La cité des jarres
Points Seuil